Prendre conscience !? Mais comment fait-on ?!

par · avril 28, 2012

J’ai traité l’autre jour toute une famille : maman, l’ainé et le cadet. J’ai commencé par le plus grand, puis le petit frère, pour enfin terminer par la maman. Devant l’attitude exemplaire de ces enfants, je les autorise à sortir du cabinet et à aller dans la salle d’attente pour jouer ou lire. Ce fût une erreur !

 

A peine la porte entrouverte, les voilà métamorphosés en « petits monstres ». Je ne sais quelle mouche les avait piqué. Ils couraient dans le couloir, hurlaient, criaient et sautaient en tous sens, à tel point que la maman dut les rappeler à l’ordre à plusieurs reprises. Malgré les réprimandes, ils continuèrent et cette fois-ci, mon collègue sortit de son bureau pour leur imposer le silence. Cela a marché un temps, puis la fougue est revenue à petit pas.

 

Je n’ai rien dit. J’observais.

 

Je compris subitement que ces enfants n’avaient pas conscience de faire mal. En réalité, ils n’avaient pas conscience qu’il y avait mon bureau dans lequel j’avais besoin de calme pour me concentrer et traiter leur maman. Ils n’avaient conscience que du jeu dans lequel ils étaient absorbés.

 

Je voyais leur monde imaginaire dans lequel, à aucun moment, il n’y avait le cabinet de Monsieur Barath (le mien). Et il y avait encore moins celui de mon collègue qui se trouvait juste à côté. Et à l’évidence, ils ne s’imaginaient pas qu’il était concentré sur un patient. C’est cela quand on dit qu’ils n’en ont pas conscience. Ils ne se le représentaient tout simplement pas !

 

Grâce à eux, je venais d’apprendre ce que veux dire « prendre conscience » : concevoir une chose – qui existe ou pourrait exister (réelle ou probable) – et l’intégrer à sa propre imagerie mentale. « J’ai conscience que des enfants meurent de faim en Afrique », « j’ai conscience qu’elle pourrait me quitter un jour », etc. Je peux l’imaginer comme pouvant se réaliser. J’ai l’image en tête.

 

S’ils avaient pu imaginer nos deux cabinets, Monsieur Barath et son collègue en train de travailler silencieusement, et si ils avaient pu imaginer qu’ils peuvent sortir furieusement pour gronder et demander le calme, alors ils se seraient comportés autrement. Il aurait donc fallu construire leur imaginaire en y incluant ces images pour s’assurer de leur coopération.

 

La mère, ou même moi, nous aurions dû mettre ces images dans leurs têtes et pour cela, nous mettre à leur hauteur et les regarder dans les yeux :

 

« Tu vois, il y a deux cabinets ici : celui de Monsieur Barath et celui de son collègue juste à côté. Ils ont besoin de calme et de silence pour travailler et pour que ça marche. Les portes sont fines. Ils entendent tout ce qui se passe dans le couloir et la salle d’attente. Il arrive que des enfants fassent du vacarme. Alors Monsieur Barath n’hésite pas à sortir et à les gronder sévèrement pour qu’ils se calment et jouent dans le silence. Ils ne sont pas contents d’avoir déranger tout le monde. Alors sortez doucement et jouez en silence là-bas.»

 

Voici le pouvoir de l’imaginaire. Donnez à l’autre la possibilité de l’imaginer, c’est lui donner accès à la prise de conscience. Lorsqu’il aura réalisé subitement le lien entre diverses données, il aura alors pris conscience. Ce lien peut survenir de manière inattendue et c’est alors un « Eureka! » d’éclaircissement qui voit le jour.

 

Rubrique: Techniques

Titre3 Commentaires

  1. Kathy MAyo dit :

    Ahh!
    Me revoilà curieuse et dévorant vos articles…

    Comme nous nous rejoignons sur la prise de conscience, de comment aider à s’imaginer les choses dans notre tête pour les comprendre, les rendre réelles pour vivre dans le monde qui nous entoure.

    C’est ma façon de travailler à l’école, en respectant et aider chacun à trouver son fonctionnement intérieur (différent pour chacun d’entre nous, il n’y a pas de norme) mais cela demande un effort pour le faire : à l’adulte d’être patient et être un guide, à l’enfant ou autre personne d’être en projet de s’introspecter pour en prendre conscience et l’intégrer avec tous ses sens et avec son sens de vie à lui (ça reprend votre article des émotions et des 5 sens).

    Un jour en classe en moyenne section de maternelle, j’entends un hurlement soudain. Une petit fille a reçu un coup au visage alors que mes élèves étaient tous occupés en atelier. Elle était debout en train d’observer des enfants à une table, lorsqu’ Antoine lui assomma un coup au visage. Je n’ai pas grondé Antoine mais à l’aide d’un dialogue pédagogique (mon jargon) je lui ai demandé ce qu’il venait de se passer. Il ne se souvenait de rien, ni sentant sa main frappée, ni se sentant bouger mais il a bien vu la petite fille pleurer. Alors je lui ai demandé ce qu’il était en train de faire dans sa tête à ce moment là : il faisait « comme au judo », ce qu’il avait fait la veille au sport après l’école. Je l’ai ramené au présent : « Antoine, là maintenant, tout de suite, où es tu? » J’ai vu à ses yeux que d’un seul coup il a pris conscience qu’il était en classe. « où fais-tu du judo d’habitude? » Antoine me répondit d’une façon très sensée :  » Au gymnase avec mon prof de judo! je peux pas faire du judo en classe! » « Oui, le judo se fait au gymnase, avec ton professeur de sport. » Il me répondit qu’il avait très envie de faire du judo. Alors nous avons discuté que s’autoriser à l’imaginer dans sa tête tout était permis sans déranger ou faire du mal aux autres. « Je peux tout m’imaginer ? même grimper sur un camion? me demande-t-il ».

    Je lui ai répondu que s’il avait fini son atelier et qu’il ne gênait personne autour de lui et que ça restait dans sa tête mais pas dans la vraie vie, oui il le pouvait. Ce petit garçon est resté un petit moment le sourire aux lèvres,immobile, puis est allé chercher un jeu, est parti s’asseoir calmement à sa table, et s’est mis à jouer comme jamais je ne l’avais vu faire auparavant. Lui d’habitude véritable tourbillon-catastrophe partout où il passait et incapable de rester concentré sur sa tâche.
    S’autoriser à imaginer sa bougeotte et son besoin de gesticuler dans sa tête,tout en prenant conscience du monde réel au présent qui l’entourait était nouveau pour lui. Ce petit garçon n’a plus jamais été « pénible » en classe. Il venait souvent me voir pour me demander confirmation s’il avait le droit d’imaginer ceci ou cela dans sa tête… Une belle leçon quand on étiquette un enfant avant de savoir ce qui fait sens pour lui !

    kathy

    • Eric dit :

      Bonjour, Kathy, je viens de lire votre commentaire et je suis ultra impressionner par ce récit. Ma femme et moi n’avons pas encore d’enfants mais ma femme est assistante maternelle (novice).
      Je trouve cela extrêmement enrichissant et vais diffuser, si vous le permettez, un extrait de votre commentaire sur mon compte Facebook car je pense que cela pourrai servir à beaucoup de jeune parent de mon entourage.

      Je vous félicite et j’espère que vous continuerez votre métier avec autant de passion.
      Bravo!

  2. jaryca dit :

    super !

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