Les deux oiseaux

par · avril 8, 2013

Oiseau
La Bhagavad-Gita est pour l’Hindouisme ce que la Bible est aux Chrétiens. Elle raconte l’histoire d’un jeune prince guerrier en proie aux doutes, devant la bataille qui risque de conduire à la mort des membres de sa famille qui se trouvent dans le camps opposé.

La grande guerre va démarrer. Les deux armées sont l’une en face de l’autre, et c’est à lui qu’incombe la tâche d’annoncer le début du combat, en soufflant dans une conque.

 

Son devoir l’oblige à s’exécuter, mais au fond de lui, il ne veut pas que meurent ses proches, oncles et cousins.

 

Durant ce bref instant d’hésitation, il se penche vers son cocher et lui exprime son dilemme.

 

C’est alors que ce dernier lui révèle, de manière totalement inattendue, la véritable nature de l’être humain et les voies pour s’affranchir des chaînes de la réincarnation.

 

Ce cocher se nomme Krishna. De sa bouche va naitre le plus bel enseignement de la vie, d’une profondeur inégalée.

 

Dans ce long texte, il est une histoire étrange, celle de deux oiseaux perchés sur la même branche.

 

Les deux oiseaux sont liés d’amitié. L’un est radieux et brille de mille flammes, l’autre a un plumage majestueux. Le premier ne fait qu’observer, tandis que le second goûte aux fruits de l’arbre. Mais au fur et à mesure qu’il les consomme, il s’éloigne de son ami. Puis il passe d’un arbre à l’autre pour assouvir sa faim, et perd peu à peu de ses couleurs. De même, oublie t-il  lentement son compagnon resté là, à simplement observer.

 

Plus loin dans le texte, l’auteur commente : « Les deux oiseaux vivent sur le même arbre, et pourtant, seul celui qui en goûte les fruits sombre dans la tristesse et l’angoisse. Mais si, par bonheur, il se tourne vers[…] son ami, et en vient à connaître Ses gloires, il cesse de souffrir, il échappe à toute angoisse. »

 

Mais le texte prend sens lorsqu’il est dit ailleurs que « Celui que les plaisirs matériels n’attirent plus, qui n’est plus esclave de ses désirs, qui a rejeté tout esprit de possession et qui s’est libéré de la tyrannie de l’ego, peut seul connaître la sérénité parfaite. » versets 2.71

 

Les deux oiseaux symbolisent donc deux états très différents.

 

Le premier se déroule toujours dans un espace et un temps. On peut donc dire que toute problématique mettant en jeu ces deux dimensions est propre à la réalité physique et celle-ci est comme une mer déchainée aux multiples remous. On n’y trouvera qu’agitation et excitation des sens.

 

Le second est libérée du temps et de l’espace. Y règnent calme et quiétude.

 

Vous saurez donc que toute activité qui met en jeu le temps et l’espace est source de plaisir dans un premier temps – parce qu’elle excite les sens et provoque ensuite le relâchement de tensions internes – mais qu’elle engendre ensuite angoisse – parce qu’elle met en évidence un manque bien plus profond.

 

L’astuce est donc de tourner notre attention et de la porter, non plus sur les tourments de la vie quotidienne (« comment vais-je terminer ce travail ? », « Je dois encore faire signer ce papier pour l’inscription de mon enfant », « Il faut absolument rendre ce papier administratif, au plus tard jeudi », etc.) mais vers cette autre partie de soi-même, plus sage, imperturbable et présente depuis l’origine des temps. Certains l’appelleraient « âme », ou le « Soi ». Cette partie n’est pas soumise, ni au temps, ni à l’espace. Elle est au-delà du temps et de l’espace. S’agirait-il de ce que les sages des textes sacrés appellent « éternel » ? Du coup, ce mot ne signifierait pas « pour toujours », mais en-dehors du temps et de l’espace.

 

Comment réaliser cela, puisqu’on est bien balloté par les affres de la vie quotidienne et qu’il faut bien y vivre ?

 

Eh bien se réserver un temps, dans la journée, pour se donner la possibilité de sortir du temps. Préférez les moments avant de vous coucher, ou juste avant la sieste, ainsi vous ouvrirez de nombreuses possibilités à votre inconscient et cela ne demandera que quelques minutes. 3 à 5 minutes suffisent. C’est plus astucieux que de se bloquer vingt minutes ou plus.

 

Imaginez que temps et espace n’existent plus (je souligne au passage, que l’imagination est justement capable de s’extraire du temps et de l’espace). Imaginez que vous voyagez dans l’univers, que vous pouvez devenir tout grand ou tout petit, et que vous pouvez également voyager dans le temps. Explorez ce que vous aimez le plus. Pour moi, ce sont les mécanismes en jeu dans le corps, avec ces milliards de cellules. J’aime sentir cette force extraordinaire qu’est la Vie, faire palpiter les cellules. J’imagine donc découvrir les mystères de la nature humaine. J’imagine que tout est possible. Je vole, je me déplace dans le temps. Enfin, j’imagine découvrir le centre de la création et je le contemple. Je sens Sa lumière jaillir de Lui et je Le regarde.

 

Voilà. C’est simple, ludique et vraiment jouissif. Vous verrez qu’en moins d’une semaine, il se passe une chose étrange en vous : cette sensation constrictive d’être pressée tant physiquement que dans le temps par les choses disparaît. C’est comme si votre être intérieur grandissait, et votre présence avec.

Titre1 Commentaire

  1. Fabrice dit :

    La méditation zen apporte cela. Se concentrer sur la respiration dans la posture juste en se mettant en retrait « tel le sage regardant les pensées comme des ondulations sur un lac limpide ».
    Enfin, ceci n’est qu’un chemin, il en existe d’autres. L’état méditatif provoqué par la pratique des arts martiaux ou des qi gong s’apparente également à cet état de conscience hors du temps.

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